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الأستاذ حجار في حديث مع الصحافة المكتوبة : العودة إلى سياسة الصرامة في تسيير الجامعة المتبعة في السبعينيات، لا سيما من خلال ترشيد الموارد

Dans le premier entretien qu'il accorde à la presse écrite, le nouveau ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique discute à bâtons rompus des maux qui minent l'université. Il dévoile quelques bribes de sa vision de la réforme. Tahar Hadjar évoque «un retour à la rigueur de l'université des années 70'», la problématique sujet de l'«employabilité» des diplômés et argue pour une rationalisation des ressources, à l'aune de la crise.

- Vous aviez évoqué un retour à la rigueur de l'université d'antan concernant les horaires. Qu'en est-il ? Une question plus élémentaire, Monsieur le ministre : c'est quand la rentrée ? Cette question, qui n'a pourtant pas lieu d'être posée, revient chaque année et chacun selon ses prétextes y va de son propre calendrier...

En effet, des irrégularités et des retards sporadiques étaient enregistrés ces dernières années, dus au chevauchement des deux systèmes, classique et LMD. Certains retards étaient donc dus au manque d'espaces pédagogiques dès le début du mois de septembre à cause des examens de rattrapage. Fort heureusement, l'ancien système vient à son extinction et cela impulsera un meilleur essor à la réforme. Cette année donc, la rentrée a effectivement eu lieu le 6 septembre, l'activité universitaire a bien repris, les enseignants et les administrateurs sont présents et les cours ont officiellement débuté.

- Sur le terrain, nous constatons que ce n'est pas le cas. La majorité des étudiants, sous prétexte de la fête de l'Aïd, ne comptent pas rejoindre leurs bancs avant octobre. Les jours de fête sont certes fériés, mais est-il sérieux de tolérer un retard de près d'un mois, plus dans certains cas, sous différents prétextes ?

Il n'y aura plus de prétexte qui tienne ! La fête de l'Aïd est une concordance exceptionnelle du calendrier qui ne coïncidera plus avec la rentrée à l' avenir et les prétextes relatifs à l'indisponibilité des salles à cause des examens de rattrapage sont désormais écartés. L'université sera dans son droit d'administrer des sanctions disciplinaires à tout contrevenant, selon le règlement intérieur admis par tous.

Mais nous restons moins regardants envers certains afin de résoudre des décalages justifiés par des situations particulières, le cas, par exemple, des universités retardées l'année dernière par des mouvements de grève (comme celles de Tizi Ouzou et Bordj Bou Arréridj) et d'autres cas particuliers qui n'avaient pas pu terminer le programme.

- Parlons justement des mouvements de contestation qui, outre la légitimité de leurs revendications, avaient pourtant provoqué le blocage de facultés entières. Comment comptez-vous garantir le respect de l'institution et faire face à ce genre de manifestations sans recourir à la violence ni faire appel aux méthodes répressives au sein des franchises universitaires tant décriées ces dernières années ?

L'université est censée être le lieu le plus prémuni contre les comportements violents ; on y est supposé débattre par les arguments. Personnellement, dès la prise de mes fonctions, je me suis penché prioritairement sur ce sujet pour asseoir un dispositif préventif capable de prévenir les troubles et dénouer les crises avant qu'elles ne débouchent sur la confrontation.

Nous allons mettre en place deux commissions de coordination et de concertation. La première concernera les enseignants, les chercheurs et les travailleurs du secteur ; la seconde les étudiants. Les rencontres trimestrielles avec lesdites commissions tenteront d'instaurer un dialogue constructif pour la prise en charge des attentes et des préoccupations exprimées par nos partenaires sociaux et permettront à ces derniers de rester informés périodiquement des décisions adoptées par nos services, qui maintiendront ce faisant les canaux de communication ouverts afin de garantir un climat social serein, plus favorable à la quête scientifique.

- Une certaine perplexité entoure encore la nouvelle mesure de prolonger les horaires d'études plus tardivement, nonobstant les éventuelles résistances. Qu'en est-il se son opportunité ? Est-ce motivé par la gestion du sureffectif ou bien cela s'inscrit-il dans une démarche d'amélioration de la qualité des enseignements ? Et si tel était le cas, est-ce appelé à être généralisé ?

En fait, il s'agit de profiter d'une conjoncture, certes contraignante, pour engager un déploiement plus ambitieux. La contrainte du sureffectif est effectivement une difficulté que nous sommes dans l'exigence de gérer. Il convient d'admettre que l'accès aux ressources académiques dans des conditions mieux adaptées est certainement favorable à une formation de meilleure qualité. De ce point de vue, nous pensons à élargir, dans l'avenir, cette démarche à l'ensemble des universités algériennes.

Toute les universités du monde fonctionnent jusqu'à des heures tardives et laissent même aux étudiants la liberté de s'inscrire aux groupes de leur choix, selon les tranches horaires qui leur conviennent. Dans notre cas, il est plus question d'absorber dans un premier temps le grand nombre d'étudiants et de garantir à tous des places pédagogiques de manière équitable.

A titre d'exemple, la mise en disponibilité des salles et des amphis désertés rien qu'entre 16h et 18h, permettra d'insérer des milliers d'étudiants. Le fait de tous les concentrer sur une très courte journée prive un grand nombre de son droit d'accéder à cette ressource et laisse d'immenses espaces abandonnés dès 14h dans certaines universités. Cela relève du gaspillage des moyens. Ces mesures interviendraient donc également dans une logique de rationalisation des ressources.

- Cette mauvaise exploitation de ressources n'est-elle pas l'expression d'un déficit de gouvernance de la part des chefs d'établissement universitaire ? La réforme leur a, certes, octroyé une certaine autonomie, mais quelle est votre part de responsabilité, en tant qu'administration centrale, dans cet état de faits ?

A vrai dire, même si la décision est intervenue cette année et reste circonscrite à quelques établissements, elle a été prescrite pour anticiper sur d'éventuelles tensions dues au sureffectif. Il convient de saisir cette situation pour procéder à une meilleure gestion des effectifs et améliorer par là même la gouvernance à l'université. Nous avons décidé qu'il n'y aurait plus de projets d'extension ou de création de nouvelles infrastructures tant que celles existantes n'auront pas effectivement atteint la saturation, et nous avons instruit les responsables d'établissement de mieux rationaliser les moyens dont ils disposent, bien que chacun reste libre d'adopter les horaires qui l'arrangent.

Tout le monde n'est pas obligé de rester jusqu'à 20h. Si certains centres arrivent à honorer leur charge pédagogique plus tôt, tant mieux, mais tous doivent permettre désormais un accès suffisant au réseau internet, aux bibliothèques et mettre les moyens pédagogiques à la disposition des apprenants selon des horaires plus prolongés.

Etudier tôt ou bien tard n'est pas la question centrale, il s'agit aussi de rompre avec la désaffection de l'université qui est un problème assez ancien, qui remonte à la décennie 90' en raison de l'instabilité qui régnait. Désormais, rien ne justifie cette démission et nous sommes en mesure de rompre définitivement avec les dernières séquelles de cette triste époque.

La prolongation des horaires d'études ne doit donc pas être considérée comme une nouvelle mesure, il s'agit d'un retour, certes tardif, mais ordinaire à la norme qui est celle des heures de travail et d'études communément en vigueur depuis les années 60' et 70'. Ce qui contribua d'ailleurs fortement à la réputation de rigueur de l'université algérienne à cette époque.

Les études s'y poursuivaient jusqu'à tard le soir, pourtant l'effectif des étudiants algériens était de loin plus modeste. La désaffection des établissements universitaires est une réalité que nous devons désormais considérer avec lucidité. Une faculté qui ferme à 16h est un fort handicap qui freine notre développement, y remédier relève d'une démarche de bonne gouvernance.

- Pensez-vous que ces nouvelles orientations feront face à des oppositions ?

Je ne crois pas qu'il y aura des oppositions dans le milieu universitaire. L'enseignant est un fonctionnaire non conventionnel ; sa charge pédagogique est répartie selon des considérations académiques. Les obligations statutaires le tienne responsable, selon son grade, d'honorer une charge qui varie entre 6 et 12 heures par semaine et qui peut être étalée de 8h à 20h selon les besoins. Mais les professeurs restent libres de proposer à l'administration la répartition la mieux indiquée et qui arrange toutes les parties.

Ceux qui sont appelés à travailler plus sont rémunérés plus et ils le font par vacation et selon leur convenance. Les seules objections qui semblent s'élever émanent de voix étrangères à l'institution universitaire, et sont exprimées par un discours populiste sans fondement. Bien que chacun soit libre de contribuer au débat, il ne faut pas céder à la fausse polémique qui ne fera que retarder davantage le processus de réforme de l'université.

Ceux qui s'opposent à cette mesure en prétendant défendre les intérêts des étudiantes algériennes, qui représentent d'ailleurs le plus grande part du contingent étudiant, désirent donc les priver de leur droit à une formation de meilleure qualité. A ce titre, l'université de la formation continue est un exemple édifiant : les études y sont prodiguées le soir, jusqu'à 20h, sans avoir posé de problème depuis plus d'une décennie ; le plus gros de son effectif est féminin.

Et à considérer le large réseau de son implantation, le constat y est rassurant ; les centres les plus éloignés, à l'intérieur du pays, fonctionnent de façon sereine sans que ceux-ci soient pourtant pris en charge par un dispositif de transport dédié.
Pour ce qui est des étudiants qui fréquenteront l'université plus tard qu'à l'accoutumée, nous garantissons naturellement le dispositif de transport adapté. L'organisation du transport a toujours été au service de la pédagogie et il est clair que les transporteurs avec lesquels nous somme liés par conventions se plient à nos injonctions.

Aux détracteurs de cette démarche, nous tenons donc à rappeler que l'intégrité exige de faire valoir des arguments crédibles, sans dévoyer le débat sur des questions étrangères à l'approche purement réformatrice de l'enseignement. L'insécurité est un phénomène qui peut se poser à l'ensemble des citoyens et pas particulièrement aux étudiants. Régler ce genre de problèmes relève d'autres approches, à ne pas confondre avec l'organisation et les méthodes d'enseignement.

- Vous avez entamé votre responsabilité à la tête du secteur avec une série de mesures. Est-ce l'expression d'une nouvelle stratégie dans l'enseignement supérieur, pour remédier aux dysfonctionnements que cumule le secteur depuis l'avènement de la réforme LMD ? Et qu'en est-il de la conférence d'évaluation de la réforme annoncée pour cette année ?

Les mesures prise au début de cette rentrée relèvent du fonctionnement normal des établissements, qui évoluent selon la même politique tracée ultérieurement depuis l'avènement de la réforme. Néanmoins, des stratégies nouvelles seront certainement à inscrire très prochainement pour remédier à ce qui semble mal adapté. Nous nous exprimerons sur ces questions, justement, à la lumière des résultats de la grande rencontre d'évaluation.

Personnellement, j'ai toujours expliqué que le système LMD n'est ni bon ni mauvais, il s'agit de son adaptation qui en fera un bonne ou un moins bonne méthode d'enseignement. S'arrêter pour évaluer le chemin qui a été fait depuis dix ans est une halte naturelle pour apprécier les avancées et remédier aux lacunes.

Ce rendez-vous est prévu vers la fin du mois de décembre, au plus tard début janvier, cela pour accorder le temps nécessaire à tous les acteurs intervenant dans le secteur ,d'une part, et nos interlocuteurs dans la sphère économique, d'autre part, de bien mener leurs réflexions respectives et venir à la rencontre avec une vision plus claire.

- Peut-on en savoir plus sur les orientations ou les grands axes d'intervention dans votre approche d'évaluation de la réforme ? Et quelles parties y prendront part ?

Aucune orientation particulière n'a été formulée à nos partenaires pour ne pas influencer leur travail. Nous serons à l'écoute de toutes les critiques et éventuellement ouverts à toutes les propositions. Concernant l'identité des conférenciers, disons que trois blocs distincts prendrons part à cette conférence nationale : le ministère et l'université d'une part ; le bloc syndical, celui des enseignants, des chercheurs, des représentations estudiantines d'une autre part  ; et enfin le secteur socioéconomique à travers ses représentations.

- Justement, concernant l'environnement économique, il semblerait que la carte de l'offre de formation universitaire reste en décalage avec les besoins concrets du marché du travail. Aborderez-vous ce thème à la prochaine conférence ?

Absolument, et c'est la raison pour laquelle nous avons élargi la consultation aux représentants du secteur économique. Le système LMD n'est pas une solution clé en main ; pour réussir il doit correspondre à la réalité de son environnement. Le LMD est un système interactif, capable d'évoluer de pair avec la sphère économique, dans l'objectif d'optimiser l'employabilité des diplômés. Cela s'exprime par une création continuelle de nouvelles offres de formation, adaptées aux besoins et aux niveaux technologiques de l'industrie et d'autres secteurs employeurs.

De son côté, le partenaire économique a certainement le droit d'avoir une meilleure vision sur les domaines et les méthodes de formation à l'université. Car après, nos diplômés sont autant de produits qu'on lui destine et qu'il faut bien adapter à son client. Néanmoins, le secteur économique n'est pas un simple client car il se doit de s'impliquer en tant que partenaire à part entière, afin de mieux synchroniser l'offre à la demande et, plus encore, favoriser la formation par la mise à la disponibilité de l'université de quelques moyens afin de concrétiser ces passerelles. Les entreprises seront également invitées à la participation dans la création de contenu pédagogique, mais aussi d'offrir plus de possibilité de stage en entreprise et  à s'impliquer davantage avec nos laboratoires par bien d'autres formes de partenariat.

- Dans quelles mesures les coupes budgétaires décidées par le gouvernement peuvent affecter l'investissement prévu dans votre secteur, notamment l'équipement et la création de nouveaux laboratoires inscrits ultérieurement ?

Le Premier ministre a déclaré, à plusieurs reprises, que les secteurs de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la santé ne seront pas touchés par les restrictions budgétaires. Donc, en ce qui concerne notre secteur, les projets en cours de réalisation ou ceux déjà programmés ne sont pas concernés par cette mesure et suivent leur cours normal.

Cependant, seuls les projets de réalisation au profit du secteur, non encore programmés, seront touchés par cette mesure s'ils ne sont pas jugés importants ou s'ils ne revêtent pas un caractère d'urgence. Au sujet de l'équipement et de la création des laboratoires de recherche, il faut savoir que ces projets sont pris en charge par le Fonds national de recherche (FNR) et ne sont donc pas concernés par les restrictions budgétaires décidées par le gouvernement.

- Dans ce contexte de crise qui appelle à une meilleure rationalisation des ressources, quel apport l'université est en mesure d'apporter en termes d'expertise (management…) et selon quel mécanisme ?

L'université algérienne, au même titre que les autres institutions et organismes de l'Etat, se doit d'apporter son concours à l'effort national visant à juguler les effets de la crise induite par la baisse des prix du pétrole. Une correspondance dans ce sens a été transmise aux différents établissements pédagogiques et œuvres universitaires et aux structures de recherche, les invitant à plus de rigueur dans la gestion des budgets et des ressources disponibles, sans toutefois contraindre le bon fonctionnement des services. En un mot, il faut éviter le gaspillage et les dépenses inutiles.